Le siècle en récit
Le Xᵉ siècle avant notre ère est, après la fondation patriarcale, le deuxième grand pivot de l'histoire juive. C'est le siècle de Jérusalem. En un peu moins d'un siècle, un royaume clanique devient un royaume impérial, une capitale sort des terres jébusites, un Temple pose la pierre angulaire d'un peuple. Puis tout se défait.
David, après sept ans à Hébron, est proclamé roi de tout Israël à trente ans. Sa première décision politique est géniale : il conquiert la petite citadelle de Jébus, qui n'appartient à aucune tribu, et en fait sa capitale. Jérusalem, « la cité de David », devient neutre — ni Juda, ni Éphraïm, mais une capitale commune. Il y fait monter l'Arche d'Alliance, déposée à Kiriath-Yearim depuis sa libération des Philistins. La ville devient le centre politique, militaire et religieux du royaume d'Israël.
David règne quarante ans. Il soumet les Philistins, les Moabites, les Ammonites, les Araméens, les Édomites. Le royaume s'étend de l'Euphrate au torrent d'Égypte. Mais le texte biblique ne cache rien de ses ombres : l'adultère avec Bath-Shéba, le meurtre programmé d'Urie le Hittite, les reproches cinglants du prophète Nathan (« C'est toi, cet homme ! », 2 S 12), la mort du premier enfant, la révolte du fils Absalom, le déchirement familial. David pleure Absalom quand il meurt : « Mon fils Absalom, mon fils, mon fils Absalom ! Que ne suis-je mort à ta place ! » (2 S 19). C'est le premier grand roi biblique, et c'est aussi un homme brisé.
Salomon lui succède malgré la tentative d'Adoniya. Sa fortune diplomatique — épouses égyptienne, phénicienne, moabite — scelle des alliances. Sa sagesse devient proverbiale : le jugement entre les deux femmes, la réponse à la reine de Saba. Son règne voit s'édifier le Premier Temple, sur le mont Moriah où Abraham avait ligaturé Isaac. Les plans viennent de David ; les cèdres viennent d'Hiram de Tyr ; les artisans sont phéniciens ; le culte devient centralisé. Lors de l'inauguration, la nuée divine remplit le Saint des Saints. Salomon prononce la prière dédicatoire la plus universelle de la Bible : « Lorsque l'étranger, qui n'est pas de ton peuple Israël, viendra d'un pays lointain à cause de ton Nom... exauce-le » (1 R 8,41-43).
Mais Salomon, à son tour, s'égare. Ses mille épouses et concubines introduisent les cultes étrangers. Ses constructions colossales (Temple, palais, remparts de Megiddo, Hazor, Gezer) exigent corvées et impôts lourds. Le peuple gronde. À sa mort (c. 930), son fils Roboam refuse d'alléger les charges. Les dix tribus du Nord font sécession sous Jéroboam : « Quelle part avons-nous avec David ? À tes tentes, Israël ! » (1 R 12,16). Le royaume unifié n'aura duré qu'un siècle. Au nord, le royaume d'Israël (dix tribus, capitale Samarie) ; au sud, le royaume de Juda (Juda et Benjamin, capitale Jérusalem, dynastie davidique). De cette scission découlera toute la tragédie des siècles suivants — et, paradoxalement, tout l'enrichissement prophétique.
Le Xᵉ siècle lègue à la mémoire juive les Psaumes attribués à David, les Proverbes et le Cantique des Cantiques attribués à Salomon, et surtout une géographie sainte : Jérusalem, Sion, le mont Moriah. Centres symboliques qui, trois mille ans plus tard, continuent de structurer l'identité juive mondiale.