זכורZakhor
Égypte & Conquête1500-1401 av. J.-C.

XVe siècle av. J.-C.

Le Nouvel Empire et l'esclavage

Résumé

Thoutmôsis III étend l'empire égyptien jusqu'à l'Euphrate. Hatchepsout règne et bâtit Deir el-Bahari. Les Hébreux auraient construit les villes-entrepôts de Pithom et Ramsès.

Événements marquants

  • 1479-1458 av.Règne d'Hatchepsout, pharaonne bâtisseuse ; temple de Deir el-Bahari, expédition au Pount.
  • 1479-1425 av.Règne de Thoutmôsis III ; apogée de l'empire égyptien, de la Nubie à l'Euphrate.
  • c. 1457 av.Bataille de Megiddo : Thoutmôsis III écrase une coalition cananéenne.
  • c. 1440 av.Tradition : naissance de Moïse en Égypte ; sa mère l'expose sur le Nil.
  • c. 1400 av.Moïse fuit en Madian après avoir tué un Égyptien ; épouse Séphora.

Le siècle en récit

Le XVᵉ siècle avant notre ère est le siècle d'or du Nouvel Empire égyptien. Aucune autre puissance proche-orientale ne rivalise avec Thèbes. Et pourtant, dans les villages ouvriers du Delta, la servitude des Hébreux s'épaissit.

Thoutmôsis III (règne 1479-1425 av. J.-C.), l'un des plus grands pharaons conquérants, mène dix-sept campagnes en Syrie-Palestine. À la bataille de Megiddo (c. 1457), il écrase une coalition cananéenne ; le récit, gravé sur les murs du temple de Karnak, constitue le plus ancien compte rendu détaillé d'une bataille livré par un commandant en chef. L'empire égyptien s'étend alors de la quatrième cataracte nubienne jusqu'à l'Euphrate, englobant la Phénicie, la Canaan, la Syrie centrale. Canaan devient une province tributaire ; les cités-États cananéennes (Jérusalem, Megiddo, Hazor, Lakish, Siqem) paient tribut et envoient leurs fils en otage à la cour égyptienne.

Avant lui, Hatchepsout (règne 1479-1458), régente puis pharaon-femme, a transformé l'Égypte par ses monuments : le temple de Deir el-Bahari à Thèbes occidentale, l'expédition légendaire au pays de Pount sur la mer Rouge (d'où reviennent encens, ivoire, myrrhe, girafes), le culte d'Amon-Rê érigé au rang de religion impériale. Sa statuaire, effacée par Thoutmôsis III après sa mort, témoigne d'une volonté d'affirmation féminine inédite dans l'Antiquité.

Les lettres d'Amarna, découvertes à la fin du XIXᵉ siècle et datant surtout du siècle suivant, documentent déjà les mentions de *habiru* ou *apiru* — populations marginales, à la fois mercenaires et brigands, qui vivent aux confins des cités cananéennes. De nombreux chercheurs voient dans ce terme une origine étymologique et sociale partielle pour les *Ivrim* — les Hébreux. Qu'ils soient ou non les ancêtres directs d'Israël, ils montrent que des populations sémitiques marginales existaient en Canaan et en Égypte, précisément aux époques où la tradition biblique situe la servitude.

C'est dans ce cadre que grandit Moïse. Élevé à la cour, sachant lire et écrire l'égyptien — on enseigne dans les scriptoria royaux tout le curriculum des scribes : hiéroglyphes, mathématiques, diplomatie — il a accès à la culture la plus raffinée de son temps. Il connaît la religion égyptienne, avec ses dizaines de divinités, ses rituels funéraires, ses temples. Mais, selon la tradition, il garde la conscience de ses origines hébraïques. Un jour, voyant un Égyptien battre un Hébreu, il tue l'Égyptien et doit fuir. Il traverse le Sinaï jusqu'au pays de Madian, y épouse Séphora, fille du prêtre Jéthro, et garde ses troupeaux.

Pendant ce temps, les Hébreux en Égypte continuent de gémir. La tradition place les naissances de Miriam, Aaron et Moïse dans cette période. La corvée devient plus dure ; les briques, plus nombreuses ; les chefs de corvée, plus brutaux. « Dieu entendit leur gémissement, Dieu se souvint de son Alliance avec Abraham, avec Isaac, avec Jacob, et Dieu regarda les fils d'Israël, et Dieu sut » (Ex 2,24-25). Le décor est planté pour le grand bouleversement du siècle suivant. Au Sinaï, près du Mont Horeb, un buisson va s'enflammer sans se consumer ; un nom indicible va se révéler ; une vocation va se transformer en Exode.