Le siècle en récit
Le XIVᵉ siècle avant notre ère est traversé par une expérience religieuse unique dans l'Antiquité : celle d'Akhenaton. Aucun autre pharaon n'aura osé rompre avec le panthéon polythéiste millénaire pour imposer le culte exclusif d'un seul dieu. Et aucune période de l'histoire égyptienne n'aura fasciné autant les penseurs juifs et chrétiens modernes, en quête des racines du monothéisme.
Aménophis IV monte sur le trône vers 1353 av. J.-C. Après quelques années de règne, il change de nom : désormais, il s'appellera *Akh-en-Aton*, « celui qui est utile à Aton ». Aton, c'est le disque solaire — non plus Rê, le dieu-soleil anthropomorphe du panthéon thébain, mais la lumière du soleil elle-même, impersonnelle, universelle, représentée par un disque dont les rayons se terminent par des mains tendues. Akhenaton ferme les temples des autres dieux. Il fait marteler les noms des divinités concurrentes — y compris celui d'Amon, qui avait fait la grandeur de Thèbes. Il transporte la capitale de Thèbes vers un site vierge qu'il nomme Akhetaton (« l'horizon d'Aton ») — l'actuelle Tell el-Amarna.
Il compose des hymnes à Aton dont la beauté poétique est immense. Le grand *Hymne à Aton* (c. 1340), retrouvé dans la tombe du noble Aÿ, présente des parallèles frappants avec le Psaume 104 : « Combien tes œuvres sont nombreuses, Seigneur... », « Tu ouvres ta main, ils sont rassasiés de biens ». Sigmund Freud, dans *Moïse et le monothéisme* (1939), affirmera que Moïse aurait été un prêtre égyptien disciple d'Akhenaton, transmettant à son peuple la religion monothéiste enseignée à Akhetaton. Jan Assmann, égyptologue contemporain, parlera plutôt d'une « mémoire mosaïque » qui aurait retenu quelque chose de la révolution amarnienne.
L'épouse d'Akhenaton, Néfertiti, dont le buste célèbre est aujourd'hui à Berlin, participe activement au culte. Le couple royal, représenté de façon radicalement nouvelle — corps allongés, visages anguleux, scènes intimes avec leurs filles — rompt avec les canons classiques de l'art égyptien. Les lettres d'Amarna, retrouvées dans les archives administratives de la cité, révèlent un royaume en difficulté : les vassaux cananéens appellent au secours contre les *habiru* (bandits ou Hébreux ?), contre les Hittites, contre leurs voisins ; mais Akhenaton, tout à sa religion, néglige la politique extérieure. L'Empire égyptien s'effrite.
À la mort d'Akhenaton (c. 1336), la réaction est brutale. Sous son successeur Smenkharé, puis surtout sous Toutânkhamon (son fils ou gendre, encore enfant lorsqu'il monte sur le trône), le culte d'Amon est rétabli, Akhetaton est abandonnée, les inscriptions d'Akhenaton sont martelées, sa mémoire maudite. Ce sera comme si Akhenaton n'avait jamais régné.
Pendant ce temps, loin de ces drames théologiques, les Hébreux construisent toujours en Gochen. La tradition place leurs souffrances à cette période. Les liens directs entre la révolution amarnienne et la naissance du monothéisme israélite sont débattus, mais une chose est sûre : lorsqu'au siècle suivant Moïse proclamera « Écoute, Israël : l'Éternel est notre Dieu, l'Éternel est un », cette idée n'est pas née dans le vide. Elle affleure dans l'histoire longue du Proche-Orient. Akhenaton l'avait entrevue — sous la forme du soleil. Les Hébreux la recevront — sous la forme d'une parole. Le XIVᵉ siècle est le témoin de la première de ces intuitions.