Le siècle en récit
Le XVIIᵉ siècle avant notre ère marque, pour la tradition biblique, la descente d'Israël en Égypte. C'est l'épisode charnière : la famille patriarcale devient un peuple. Le récit, concentré dans les dernières pages de la Genèse (ch. 37-50), s'ouvre sur un drame et se clôt sur une prophétie.
Joseph, dix-septième fils de Jacob, est vendu par ses frères à des marchands ismaélites pour vingt pièces d'argent. Conduit en Égypte, il devient esclave de Potiphar, chef des gardes de Pharaon. Accusé à tort par l'épouse de son maître, il est jeté en prison. Là, il interprète les rêves du panetier et de l'échanson royaux. Deux ans plus tard, Pharaon lui-même rêve de sept vaches grasses dévorées par sept vaches maigres. Aucun mage ne sait décoder. L'échanson se souvient de Joseph. Tiré du cachot, il révèle : sept années d'abondance seront suivies de sept années de famine. Pharaon le nomme alors vizir, second du royaume — « seul le trône me sera supérieur » (Gn 41,40). Joseph a trente ans.
La famine frappe tout le Proche-Orient. De Canaan, Jacob envoie ses fils acheter du grain en Égypte. Joseph les reconnaît ; eux ne le reconnaissent pas. Après plusieurs épreuves destinées à tester leur repentir, il se révèle : « Je suis Joseph votre frère, que vous avez vendu ; ne vous affligez pas, car c'est pour préserver votre vie que Dieu m'a envoyé ici » (Gn 45,4-5). Il fait venir son père et toute la famille — soixante-dix âmes au total selon le texte — et les installe dans le pays de Gochen, dans le Delta oriental, zone fertile ouverte aux pasteurs.
Jacob meurt à cent quarante-sept ans. Avant de mourir, il bénit ses douze fils et prophétise le destin de chaque tribu (Gn 49) : « Le sceptre ne s'éloignera pas de Juda... », « Issachar est un âne robuste... », « Dan jugera son peuple... ». Il demande à être enseveli à Makhpéla, à Hébron, auprès de ses pères. Joseph organise une immense caravane funéraire qui traverse le Sinaï — premier « retour » symbolique d'Israël vers la terre promise, préfigurant l'Exode. Joseph meurt à son tour à cent dix ans, après avoir fait jurer aux fils d'Israël : « Quand Dieu vous visitera, vous emporterez mes ossements d'ici. »
Le cadre historique correspond à la période des Hyksôs — ces rois sémitiques qui dominent la Basse-Égypte entre c. 1650 et 1550 av. J.-C. Les Hyksôs, probablement d'origine amorrite ou cananéenne, installent leur capitale à Avaris dans le Delta oriental. Un vizir d'origine sémitique sous un pharaon hyksos est parfaitement plausible du point de vue historique. Les archéologues ont retrouvé à Tell ed-Dab'a (Avaris) des tombes de dignitaires sémites, dont l'un, daté du XVIIᵉ siècle, présente une statue aux cheveux peints en rouge — couleur associée dans le folklore juif ultérieur à Joseph.
Le siècle se clôt sur une paix précaire. La tradition souligne une remarquable fécondité : « Les fils d'Israël fructifièrent, pullulèrent, se multiplièrent et devinrent extrêmement nombreux, et le pays en fut rempli » (Ex 1,7). Mais « un nouveau roi se leva sur l'Égypte, qui n'avait pas connu Joseph » — et le siècle suivant s'ouvre sur la servitude.