Le siècle en récit
Le XVIIIᵉ siècle avant notre ère est celui de Jacob-Israël. À lui seul, ce siècle condense une saga familiale où se nouent, dans la douleur et dans l'amour, les fils originels des douze tribus d'Israël.
Jacob fuit la colère de son frère Ésaü et prend la route de Harran. Sur le chemin, à Louz, il pose une pierre sous sa tête et rêve : une échelle monte de la terre jusqu'au ciel, des anges y montent et y descendent, et Dieu se tient au-dessus pour lui répéter la promesse faite à Abraham : « Je suis avec toi et je te garderai partout où tu iras. » Au réveil, Jacob érige la pierre en stèle, verse de l'huile dessus, et nomme le lieu *Beth-El* — la Maison de Dieu.
Arrivé à Harran, il rencontre Rachel au puits. Laban, son oncle, l'accueille et lui impose sept années de service pour obtenir sa main. Au matin des noces, ruse orientale : c'est Léa, la sœur aînée, que Jacob découvre à ses côtés. Sept années supplémentaires, et il peut enfin épouser Rachel aussi. Pendant vingt ans, Jacob sert Laban, voit ses troupeaux se multiplier, et onze fils naissent : Ruben, Siméon, Lévi, Juda — les quatre premiers de Léa — puis Dan et Nephtali de Bilha (servante de Rachel), Gad et Asher de Zilpa (servante de Léa), Issachar et Zabulon encore de Léa, et enfin Joseph, premier fils de Rachel. Une fille, Dina, complète la fratrie. Plus tard, après le retour en Canaan, Rachel mourra en couches en donnant le jour à Benjamin, sur la route de Bethléem.
Le retour est tendu. Prévenu qu'Ésaü vient à sa rencontre avec quatre cents hommes, Jacob divise son camp, envoie des présents, prie. La nuit avant la rencontre, il reste seul au gué du Yabboq. Un homme l'assaille ; ils luttent jusqu'à l'aube. L'inconnu le touche à la hanche et Jacob en sort boitant, mais il refuse de lâcher prise tant qu'il n'a pas reçu la bénédiction. « Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël — car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes, et tu as vaincu » (Gn 32). À partir de ce moment, le peuple qui descendra de lui portera ce nom : les *bnei Israel*, les fils d'Israël.
La rencontre avec Ésaü est pacifique. Les deux frères s'embrassent, pleurent, se séparent en paix. Jacob s'installe à Siqem, puis à Béthel, puis à Hébron. Le drame rebondit plus tard avec l'enlèvement de Dina à Siqem, la vengeance terrible de Siméon et Lévi, et surtout la jalousie des frères envers Joseph, le fils préféré, à qui Jacob a donné une tunique multicolore. Vendu par ses frères à une caravane midianite en route vers l'Égypte, Joseph disparaît — et prépare, sans le savoir, la descente de tout Israël vers le Delta.
Au-delà du texte, le monde réel entre dans une zone d'ombre archéologique. Babylone vacille sous les coups des Hittites et des Kassites. En Canaan, les Cananéens vivent en petites cités-États fortifiées. En Égypte, les Hyksôs sémitiques prennent pied dans le Delta — ouvrant la porte à l'installation des fils de Jacob dans le pays de Gochen.