זכורZakhor
Contemporain1901-2000 apr. J.-C.

XXe siècle apr. J.-C.

Shoah, naissance d'Israël, diaspora mondiale

Résumé

Le siècle s'ouvre sur les migrations de masse d'Europe orientale, traverse la Shoah, voit la proclamation de l'État d'Israël en 1948, ses guerres, son émergence comme puissance régionale, et l'éclosion d'un judaïsme mondialisé dont les grands pôles sont Jérusalem, New York, Paris, Londres, Buenos Aires.

Événements marquants

  • 1917Déclaration Balfour ; la Grande-Bretagne s'engage à favoriser un « foyer national juif » en Palestine.
  • 1933-1945Montée du nazisme puis Shoah : six millions de Juifs assassinés.
  • 14 mai 1948David Ben Gourion proclame l'État d'Israël à Tel-Aviv.
  • 1967Guerre des Six Jours ; Israël contrôle Jérusalem-Est, le Sinaï, le Golan.
  • 1947-1977Aliyah massive des Juifs d'Afrique du Nord et du monde arabe.
  • 1993-1995Accords d'Oslo ; assassinat de Yitzhak Rabin.

Le siècle en récit

Aucun siècle n'a concentré autant d'événements décisifs pour le peuple juif que le XXᵉ. Il commence dans la poussière des pogroms de Kichinev (1903), des procès Dreyfus (1894-1906) et Beilis (1913), du mouvement sioniste naissant autour de Theodor Herzl et Chaim Weizmann. Il s'ouvre aussi sur l'immense vague migratoire : plus de deux millions de Juifs d'Europe orientale traversent l'Atlantique vers les États-Unis entre 1880 et 1924, transformant New York en capitale juive mondiale.

La Grande Guerre dissout les empires : l'Empire ottoman, où vivaient les grandes communautés séfarades de Salonique et d'Istanbul, disparaît. La Déclaration Balfour (novembre 1917) et le mandat britannique sur la Palestine ouvrent la voie au projet sioniste. Entre-deux-guerres : essor du Yichouv, fondation de l'Université hébraïque (1925), de la Histadrout, des kibboutzim. Mais aussi : massification de l'antisémitisme européen, pogroms en Ukraine (1918-1921), politique de quotas aux États-Unis.

L'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933 déclenche la tragédie. Lois de Nuremberg (1935), Nuit de Cristal (1938), extermination industrielle à partir de 1941. Auschwitz-Birkenau, Treblinka, Belzec, Sobibor, Majdanek, Chełmno : six millions de Juifs assassinés, un tiers du peuple juif. L'œuvre de Hannah Arendt, Primo Levi, Vasily Grossman, Paul Celan, André Schwarz-Bart, Aharon Appelfeld tentera de donner langue à l'inimaginable.

Le 14 mai 1948, dans le musée de Tel-Aviv, David Ben Gourion proclame l'État d'Israël. Les armées arabes attaquent dès le lendemain ; la guerre d'indépendance se solde par la victoire juive, l'exode palestinien, et la première Aliyah massive. Un million de Juifs du monde arabo-musulman — Yémen, Irak, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Libye, Iran — émigrent entre 1948 et 1970, redessinant la démographie d'Israël. La guerre des Six Jours (1967) fait basculer Jérusalem-Est, le Sinaï, le Golan et la Cisjordanie sous contrôle israélien. La guerre de Kippour (1973) rappelle la fragilité ; les accords de Camp David (1978) ouvrent la paix avec l'Égypte.

Le judaïsme se refonde intellectuellement : Gershom Scholem réinvente l'étude de la Kabbale ; Emmanuel Lévinas relit la philosophie à la lumière du Talmud ; Abraham Joshua Heschel marche avec Martin Luther King ; Joseph Soloveitchik pense l'orthodoxie moderne ; Yeshayahou Leibowitz incarne la conscience critique. Les grands rabbins — Ovadia Yosef pour les séfarades, Menachem Mendel Schneerson pour Loubavitch, Elyashiv pour les litvaks, Kook pour le sionisme religieux — façonnent chacun une lignée mondiale.

À la fin du siècle, après l'intifada (1987), les accords d'Oslo (1993) promettent la paix — brisée par l'assassinat de Yitzhak Rabin (1995), l'échec de Camp David II (2000) et la seconde intifada. Israël entre dans le XXIᵉ siècle comme un État démocratique de plus de six millions de Juifs, puissance technologique et militaire, en quête d'une paix toujours repoussée, tandis que la diaspora mondiale, forte de près de huit millions de Juifs, poursuit sa vie entre fidélité et liberté.