זכורZakhor
Haskalah & Émancipation1801-1900 apr. J.-C.

XIXe siècle apr. J.-C.

Émancipation, émigration et naissance du sionisme

Résumé

Grande Sanhédrin de Napoléon (1807). Émancipation en Europe occidentale. Pogroms en Russie (1881). Theodor Herzl publie Der Judenstaat (1896) et réunit le premier congrès sioniste (1897).

Événements marquants

  • 1807Grand Sanhédrin de Paris convoqué par Napoléon ; structuration consistoriale du judaïsme français.
  • 1845Naissance du mouvement réformé à Francfort ; Geiger, Holdheim modernisent la liturgie.
  • 1860Fondation de l'Alliance israélite universelle par Crémieux, Astruc, Léven, Manuel.
  • 1881Assassinat d'Alexandre II ; vagues de pogromes en Russie ; début des grandes migrations vers l'Amérique.
  • 1894Début de l'affaire Dreyfus en France ; Theodor Herzl journaliste au procès à Paris.
  • 1896Herzl publie Der Judenstaat (« L'État des Juifs ») ; naissance du sionisme politique.
  • 29 août 1897Premier Congrès sioniste à Bâle ; Herzl : « À Bâle, j'ai fondé l'État juif. »

Le siècle en récit

Le XIXᵉ siècle apr. J.-C. est le siècle de la plus grande mutation du peuple juif depuis Abraham. Il commence sous Napoléon avec l'émancipation ; il se termine sous Herzl avec le sionisme. En cent ans, le judaïsme européen passe du ghetto à l'opéra, du shtetl à l'université, du yiddish au français, à l'allemand, à l'anglais, à l'hébreu moderne. Mais il découvre aussi que l'assimilation ne suffit pas — l'antisémitisme moderne, racial et non plus religieux, lui rappelle brutalement qu'il est, quoi qu'il fasse, peuple à part.

La première moitié du siècle est celle de **l'émancipation**. Napoléon convoque en 1806-1807 l'Assemblée des Notables puis le Grand Sanhédrin — évocation symbolique de l'ancien Sanhédrin de Jérusalem — pour répondre à douze questions sur la compatibilité du judaïsme avec la citoyenneté française. Les rabbins répondent avec finesse. Napoléon crée les consistoires (1808), qui structurent le judaïsme français jusqu'à aujourd'hui. Les Pays-Bas, les États allemands, l'Italie abolissent progressivement leurs ghettos. La Grande-Bretagne admet Lionel de Rothschild au Parlement en 1858. L'Empire austro-hongrois émancipe en 1867. L'Allemagne impériale en 1871. L'Italie en 1870.

Avec l'émancipation viennent les choix identitaires. **Le judaïsme libéral** (ou réformé) naît en Allemagne (Abraham Geiger, Samuel Holdheim, Israel Jacobson) : liturgie en allemand, orgue, égalité des femmes, modernisation doctrinale. **Le judaïsme orthodoxe moderne** lui répond avec Samson Raphael Hirsch (1808-1888) et sa formule *Torah im Derekh Eretz* — Torah et intégration sociale. **Le judaïsme conservateur** émerge avec Zacharias Frankel et l'École de Wroclaw. La **Wissenschaft des Judentums** (Science du judaïsme) — Leopold Zunz, Moritz Steinschneider, Heinrich Graetz — applique la méthode historique à l'étude du judaïsme ; la *Geschichte der Juden* de Graetz devient la première grande histoire moderne du peuple juif.

Les grandes institutions philanthropiques apparaissent. L'**Alliance israélite universelle**, fondée à Paris en 1860 par Adolphe Crémieux, Aristide Astruc, Narcisse Léven, Eugène Manuel, lance un réseau mondial d'écoles — de Tétouan à Damas, de Téhéran à Tanger. C'est l'auto-civilisation du monde juif oriental par les lumières occidentales.

Mais pendant ce temps, à l'Est, les choses s'aggravent. L'Empire russe, qui hérite depuis les partitions de la Pologne (1772-1795) d'une population juive de 1,5 million d'âmes, les confine dans la **Zone de Résidence**. Tsar Nicolas Iᵉʳ impose le service militaire de 25 ans dès 12 ans (*cantonisation*) pour favoriser la conversion. Les pogromes d'Odessa (1871) annoncent ceux de 1881 qui suivront l'assassinat d'Alexandre II : 200 communautés attaquées, des milliers de morts. Les fameux *Protocoles des Sages de Sion*, faux antisémite fabriqué par la police secrète russe, circulent à partir de 1903.

Face au double danger — antisémitisme russe violent, antisémitisme occidental culturel incarné par Richard Wagner, Édouard Drumont, Karl Lueger —, deux réponses massives surgissent.

D'abord, **l'émigration vers l'Amérique**. Entre 1881 et 1914, plus de deux millions de Juifs d'Europe orientale franchissent l'Atlantique ; New York devient la première ville juive du monde. Le Lower East Side s'emplit de yiddishophones.

Ensuite, **le sionisme**. En 1896, un journaliste viennois qui a couvert l'affaire Dreyfus publie un mince livre, *Der Judenstaat*. **Theodor Herzl** (1860-1904) y propose la création d'un État juif. Il réunit à Bâle, du 29 au 31 août 1897, le premier Congrès sioniste. Deux cents délégués de dix-sept pays y votent la création de l'Organisation sioniste mondiale. Dans son journal ce soir-là, Herzl écrit : *« Si je devais résumer le Congrès de Bâle en un mot, ce serait celui-ci : à Bâle, j'ai fondé l'État juif. Si je disais cela publiquement aujourd'hui, un rire universel me répondrait. Dans cinq ans peut-être, en tout cas dans cinquante, chacun le comprendra. »* Il avait presque raison : cinquante-et-un ans plus tard, Israël naîtrait.

Le XIXᵉ siècle s'achève sur cette prophétie suspendue. Le XXᵉ en fera la tragédie et l'accomplissement.