Le siècle en récit
Le XXVIIᵉ siècle avant notre ère correspond à l'âge classique des cités-États sumériennes. C'est la période des **Dynasties archaïques III** (ED III), entre environ 2700 et 2500 av. J.-C., où la civilisation sumérienne atteint une maturité artistique, architecturale et commerciale remarquable.
À **Uruk**, la tradition place — quoique sans certitude historique — le règne de **Gilgamesh** vers 2700-2650 av. J.-C. Les épopées plus tardives lui attribuent la construction du mur d'Uruk, long de 9 kilomètres, dont les fondations ont été effectivement retrouvées par les archéologues. La cité devient un modèle urbain : temples montagne (ziggurats primitives), palais royal, quartiers artisans, port fluvial connecté à l'Euphrate. Son extension atteint 250 à 400 hectares — dix fois Paris au Moyen Âge.
À **Ur**, la Iʳᵉ dynastie fondée au XXIXᵉ siècle par Mesannepada se consolide. Les rois successifs — A'annepada, Mes-kiag-Nanna — édifient temples et palais. Le grand temple d'E-Nanna dédié au dieu-lune Nanna devient le centre religieux. Autour de lui s'organise la vie rituelle, économique et politique. Les tombes royales qu'a fouillées Leonard Woolley — celles de Meskalamdug, de Puabi — datent en réalité de ce XXVIIᵉ siècle ou du début du XXVIᵉ. Leur faste — or, lapis-lazuli, cornaline, ivoire — témoigne d'un commerce international déjà sophistiqué.
Car le siècle est marqué par les **grands échanges**. Les textes cunéiformes mentionnent trois régions lointaines : **Dilmun** (Bahreïn), **Magan** (Oman), **Meluhha** (vallée de l'Indus, probablement Harappa et Mohenjo-Daro). Les marchands sumériens importent par bateau le lapis-lazuli afghan, la cornaline indienne, le cuivre omanais, l'ivoire d'éléphant. Ils exportent textiles de laine, orge, huile de sésame. La caisse de résonance économique mésopotamienne s'étend ainsi jusqu'à l'océan Indien.
Le **cylindre-sceau**, inventé dès la période d'Uruk (fin IVᵉ millénaire), atteint à cette époque une finesse narrative inédite. Gravés sur des cylindres de pierre (cornaline, hématite, lapis-lazuli), ces sceaux sont roulés sur l'argile humide pour imprimer en continu une frise. Les motifs représentent combats mythologiques, héros tenant des lions, banquets royaux, cérémonies religieuses. Ils sont les premiers supports d'une iconographie narrative continue.
Simultanément, les cités-États sumériennes se heurtent. Kish, Ur, Uruk, Lagash, Umma se disputent l'hégémonie. Le titre de « roi de Kish » (*lugal-ki*) devient le plus prestigieux : un roi peut être *ensi* (gouverneur) d'Uruk ou de Lagash, et *lugal* (roi) de Kish au sens symbolique. Cette distinction préfigure peut-être la distinction biblique entre *melekh* et *nassi*.
En Égypte, la IVᵉ dynastie atteint son apogée : les pyramides de Gizeh (Khéops, Khéphren, Mykérinos) sont construites en grande partie à ce siècle. Les échanges entre Égypte et Sumer restent indirects, via les cités du Levant et la mer Rouge.
Le XXVIIᵉ siècle n'a pas laissé son nom dans la Bible — mais il a laissé ses objets, ses mythes, ses sceaux. Les représentations mésopotamiennes du « héros à la ceinture de cornes » combattant lion ou taureau pourraient bien avoir inspiré, par filiation longue, l'iconographie de David le berger terrassant l'ours et le lion. Les images voyagent plus loin que les mots — et plus lentement.