Le siècle en récit
Le VIIIᵉ siècle avant notre ère est celui des grands prophètes. Aucun autre siècle de l'Antiquité n'aura rassemblé pareille concentration de voix inspirées qui parlent au nom de Dieu en dénonçant l'injustice, l'idolâtrie, l'hypocrisie sociale. En un siècle, Amos, Osée, Michée et surtout Isaïe gravent dans la littérature humaine des paroles qui font encore autorité morale trois millénaires plus tard.
Le siècle commence par une prospérité trompeuse. Jéroboam II, roi d'Israël (c. 793-753), étend le royaume, rétablit les frontières, enrichit l'élite de Samarie. Les palais se couvrent d'ivoire importé de Phénicie ; les fêtes se multiplient. C'est alors qu'un paysan de Tekoa, berger et pinceur de sycomores, monte à Béthel — sanctuaire royal d'Israël — et prononce au nom de l'Éternel une parole qui gifle : « Parce que vous foulez le pauvre et que vous prélevez sur lui le tribut de froment... Jugement coulera comme un fleuve, et la justice comme un torrent intarissable » (Am 5,11.24). Amos inaugure la prophétie écrite. Il ne cherche ni charge ni disciples ; il dit et repart.
Osée le suit, marié prophétiquement à Gomer la prostituée — symbole vivant de l'infidélité d'Israël envers son Dieu. Puis, en Juda, Michée de Morésheth, paysan lui aussi, annonce la destruction de Samarie et de Jérusalem. Sa réponse éclair à la question « Que demande l'Éternel ? » — *« agir avec justice, aimer la bonté, marcher humblement avec ton Dieu »* (Mi 6,8) — résume la prophétie classique.
Le géant du siècle est Isaïe ben Amotz. Probable membre de la cour de Jérusalem, il reçoit en 740, année de la mort du roi Ozias, la vision inaugurale (Is 6) : le Temple rempli de la gloire divine, les séraphins, « Saint, Saint, Saint est l'Éternel Tsebaot ». Il servira quatre rois — Ozias, Yotam, Achaz, Ézéchias — et annoncera tour à tour la destruction et le salut, la chute et le « petit reste », la gestation messianique (Is 7,14 ; 9,5 ; 11,1). Son influence sur la théologie juive et chrétienne est incalculable.
Pendant ce temps, la menace assyrienne grandit. Téglath-Phalasar III (745-727) restaure l'Empire. Son successeur Shalmanéser V, puis Sargon II, assiègent Samarie. En 722 av. J.-C., la capitale tombe. Les Assyriens déportent l'élite des dix tribus du Nord — 27 290 personnes selon les annales de Sargon — dans la haute Mésopotamie. C'est la fin du royaume d'Israël. Ces « dix tribus perdues » disparaissent de l'histoire documentée ; leur mémoire nourrira pendant trois mille ans les légendes et les quêtes (des Juifs d'Éthiopie aux Falashas jusqu'aux Juifs de Kaifeng et aux Bene Israël de Mumbai).
En 701, Sennachérib marche sur Jérusalem. Ézéchias, roi de Juda et réformateur, avait préparé la ville : un tunnel creusé dans la roche amène l'eau de la source du Gihon à l'intérieur des remparts. L'inscription de Siloé, découverte en 1880, en garde la trace. Isaïe promet au roi que Dieu défendra sa cité. Selon le texte biblique comme selon les annales assyriennes, la campagne s'arrête mystérieusement : une peste dans l'armée assyrienne force Sennachérib à lever le siège. Jérusalem survit — pour un siècle encore.