זכורZakhor
Royaumes & Prophètes700-601 av. J.-C.

VIIe siècle av. J.-C.

Jérémie et la chute du Premier Temple

Résumé

Josias (-640 à -609) réforme le culte après la découverte du Sefer Torah. Jérémie annonce la ruine de Jérusalem. En 586, Nabuchodonosor détruit le Premier Temple et déporte l'élite à Babylone.

Événements marquants

  • 640-609 av.Règne de Josias, grand réformateur du royaume de Juda.
  • 622 av.Découverte du Sefer Torah dans le Temple par Hilkiyahou.
  • 612 av.Chute de Ninive ; fin de l'Empire assyrien.
  • 605 av.Bataille de Karkémish ; Nabuchodonosor bat l'Égypte à Karkémish.
  • 597 av.Première déportation à Babylone ; le jeune roi Joiakin emmené captif.
  • 586 av.Nabuchodonosor détruit le Premier Temple ; deuxième grande déportation.

Le siècle en récit

Le VIIᵉ siècle avant notre ère est celui de la catastrophe — mais aussi celui de la plus grande réforme religieuse que connaîtra jamais le royaume de Juda. En un siècle, Jérusalem passe du faîte spirituel au néant politique.

Le siècle s'ouvre sous le long et sombre règne de Manassé (696-642), fils d'Ézéchias. Manassé, pour se maintenir en paix avec l'Assyrie de Sennachérib puis d'Assurbanipal, restaure les cultes étrangers que son père avait abolis. Il érige des autels à Baal, des aschérot dans le Temple, pratique l'astrologie, sacrifie son propre fils dans la vallée de Hinnom. Le Livre des Rois le dépeint comme le pire roi que Juda ait connu. Son fils Amon continue ; assassiné après deux ans, il cède la place à son jeune fils Josias.

Josias (640-609) change tout. À seize ans, il cherche Dieu ; à vingt, il purifie le pays ; à vingt-six — en 622 — se produit l'événement décisif. Les ouvriers qui réparent le Temple découvrent, caché dans ses murs, un rouleau : le *Sefer ha-Torah*. Le grand prêtre Hilkiyahou le remet à Shaphan le scribe, qui le lit au roi. Josias déchire ses vêtements. Il consulte la prophétesse Hulda ; elle annonce que la ruine viendra, mais pas de son vivant. Le roi convoque tout le peuple au Temple et lit devant lui le rouleau entier. Puis il mène la réforme la plus radicale de l'histoire d'Israël : destruction des hauts-lieux dans tout le pays, centralisation du culte à Jérusalem, élimination des prêtres de Baal, célébration d'une Pessah solennelle. La critique biblique moderne identifie ce « Livre de la Loi » à une version du Deutéronome.

Pendant ce temps, le monde bascule. L'Assyrie, longtemps invincible, s'effondre. En 612, les armées conjointes des Babyloniens de Nabopolassar et des Mèdes de Cyaxare prennent Ninive. Le nouvel empire babylonien absorbe l'héritage assyrien. En 609, à Megiddo, Josias tente de barrer la route au pharaon Néko qui marche au secours des Assyriens. Il est tué dans la bataille. Le peuple pleure le dernier grand roi de Juda. Avec lui meurent la réforme, l'espérance et l'équilibre.

Ses successeurs — Joachaz, Joakim, Joiakin, Sédécias — s'épuisent entre vassalité égyptienne et vassalité babylonienne. Jérémie, prêtre d'Anatot près de Jérusalem, prophétise dans ces années déchirantes. Il annonce la ruine : « Refuse la parole, refuse mes avertissements, dit l'Éternel, tu boiras la coupe de ma colère. » Il supplie les rois de se soumettre à Babylone pour sauver la ville ; on le jette au fond d'une citerne. Il lance aux déportés le message d'espérance d'une lettre fameuse (Jr 29) : « Bâtissez des maisons, plantez des jardins... cherchez la paix de la ville où je vous ai déportés. »

En 605, Nabuchodonosor écrase Néko à Karkémish. En 597, il prend Jérusalem une première fois, déporte Joiakin, sa cour, les artisans, les guerriers — dix mille personnes. En 586, après la rébellion de Sédécias, il revient. Le siège dure dix-huit mois. La famine décime les habitants. Le 9 av (neuvième jour du mois d'Av, date que le judaïsme commémorera à jamais par le jeûne du *Tisha be-Av*), les remparts cèdent. Le Temple est incendié, les vases sacrés emportés à Babylone, les murs démolis, les yeux de Sédécias crevés devant lui après l'exécution de ses fils. Le royaume de Juda cesse d'exister.

Ce qui demeure, c'est un peuple en exil, un livre qu'on retranscrit, et un Dieu dont on comprend enfin qu'il peut aussi habiter loin de son Temple. Le Second Temple, dans soixante-dix ans, renaîtra d'une idée neuve : le judaïsme.