Le siècle en récit
Le siècle s'ouvre sur une catastrophe politique et se ferme sur une explosion culturelle. En 63 av. J.-C., le général romain Pompée franchit les remparts de Jérusalem, pénètre dans le Saint des Saints — où il ne trouve rien, puisque rien n'y est — et impose la tutelle de Rome sur la Judée. Les Hasmonéens deviennent rois-clients ; le dernier d'entre eux, Antigone, est décapité sur ordre de Marc Antoine. Commence alors le règne le plus impressionnant et le plus contesté de l'histoire juive antique : celui d'Hérode le Grand (37-4 av. J.-C.).
Hérode n'est pas aimé. Iduméen d'origine, juif par contrainte généalogique, il fait assassiner sa propre femme hasmonéenne Mariamne et plusieurs de ses fils. Mais il transforme physiquement le pays. Il reconstruit le Second Temple en un édifice d'une splendeur sans précédent, dont les fondations (le Kotel, le Mur occidental) demeurent aujourd'hui le lieu le plus sacré du judaïsme. Il bâtit la forteresse de Massada, le port de Césarée, le palais d'Hérodion, le Hérodium d'Alexandrion et Machaerus. Il rénove Makhpéla à Hébron et reconstitue la tour Antonia.
Au cœur de Jérusalem, deux écoles rabbiniques rivales s'affrontent avec une telle vivacité que la tradition en gardera mémoire jusqu'à aujourd'hui. Hillel, originaire de Babylone, enseigne la douceur, l'accueil du converti, la règle d'or : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse — c'est toute la Torah, le reste est commentaire. » Shammaï, plus rigoureux, défend la stricte observance des frontières du peuple juif. Leurs disciples débattent durant des générations ; dans la majorité des cas, la loi sera finalement fixée selon Hillel.
À quelques dizaines de kilomètres, au bord de la mer Morte, une communauté ascétique, probablement essénienne, copie des rouleaux dans des grottes. Redécouverts en 1947, les manuscrits de Qumrân offriront le plus ancien témoignage de la Bible hébraïque, un millénaire avant les manuscrits massorétiques connus. La Règle de la communauté, la Règle de la guerre, les Hymnes et les commentaires prophétiques peignent un judaïsme apocalyptique, dualiste, attendant un Messie sacerdotal et un Messie royal.
En dehors de Jérusalem, la diaspora explose. Alexandrie compte près d'un tiers de sa population juive. Philon d'Alexandrie, qui vivra sa maturité au siècle suivant, naît vers la fin du siècle. Babylone, toujours habitée, abrite une communauté fidèle. De Rome à Cyrène, du Ponteuxin à l'Espagne, les synagogues se multiplient.
À l'extrême fin du siècle, dans une bourgade de Galilée, naît un certain Yeshua de Nazareth, juif observant, dont la prédication se situera dans la lignée des prophètes et des Pharisiens les plus mystiques — et qui, sans qu'il le sache lui-même, ouvrira l'une des plus grandes bifurcations religieuses de l'histoire humaine.