Le siècle en récit
Le IIᵉ siècle avant notre ère est l'un des plus dramatiques de l'histoire juive. En un seul siècle, la Judée passe de la persécution totale à l'indépendance retrouvée, puis à l'expansion territoriale — avant que les querelles dynastiques n'ouvrent la porte à Rome. C'est aussi le siècle où naissent la fête de Hanoukka, la littérature apocalyptique juive, et les communautés sectaires qui donneront les manuscrits de la Mer Morte.
Le drame commence avec Antiochos IV Épiphane (175-164), roi séleucide obsédé par l'hellénisation unifiante de son empire. Il vend le grand-pontificat au plus offrant : Jason, puis Menelas — tous deux favorables à l'hellénisation et étrangers à la lignée sadocite traditionnelle. Il construit un gymnase à Jérusalem où les jeunes athlètes juifs, nus selon l'usage grec, pratiquent l'épispasmos (restauration du prépuce par chirurgie) pour effacer leur circoncision. Surtout, en 167, il décide d'interdire purement et simplement le judaïsme : la Torah est brûlée, le Shabbat et la circoncision punis de mort, une statue de Zeus olympien est dressée dans le Temple, un porc sacrifié sur l'autel. C'est ce que le livre de Daniel (composé à cette époque) appelle « l'abomination de la désolation ».
La réaction vient du village de Modin, dans la plaine de Shéféla. Un prêtre âgé, Matthatias, de la famille hasmonéenne, refuse de sacrifier aux dieux grecs. Quand un juif acquiesce, Matthatias le tue — et l'officier séleucide avec lui. Puis il crie dans les rues : « Que quiconque a du zèle pour la Loi et veut maintenir l'Alliance sorte avec moi ! » Il s'enfuit dans les monts avec ses cinq fils — Jean, Simon, Judas, Éléazar, Jonathan. Matthatias meurt un an plus tard ; Judas, surnommé *Maccabée* (« le Marteau »), prend la tête. Avec une armée de partisans inexpérimentés, il bat successivement quatre généraux séleucides : Apollonios, Séron, Georgias, Lysias. En 164, il libère Jérusalem, purifie le Temple, le reconsacre le 25 Kislev. On ne trouve qu'une fiole d'huile pure, scellée par le grand prêtre ; elle devrait brûler un jour, elle brûle huit. C'est le miracle de Hanoukka — la fête des Lumières, célébrée depuis sans interruption par les Juifs du monde entier.
Mais les combats continuent. Judas meurt en 160. Son frère Jonathan lui succède, obtient le grand-pontificat des Séleucides affaiblis, est assassiné en 142. Simon, dernier frère survivant, obtient alors l'indépendance complète reconnue par le sénat romain. La dynastie hasmonéenne est fondée. Yohanan Hyrcan Iᵉʳ (134-104), fils de Simon, étend le royaume à la Samarie (qu'il détruit) et à l'Idumée (qu'il convertit de force au judaïsme — décision qui aura des conséquences funestes : Hérode, iduméen converti, en sortira).
Parallèlement, les courants religieux juifs se différencient. Les *Sadducéens* représentent l'aristocratie sacerdotale, fidèle au seul Temple. Les *Pharisiens* émergent comme mouvement populaire, interprétant la Torah par la tradition orale. Les *Esséniens* se retirent dans le désert ; c'est probablement eux qui copient à Qumrân les fameux rouleaux de la Mer Morte, commentaires prophétiques, règles communautaires, manuscrits bibliques plus anciens d'un millénaire que les manuscrits massorétiques connus.
La Judée vit alors son dernier grand siècle d'indépendance. Au tournant du siècle, Alexandre Jannée (103-76) guerroie beaucoup, hellénise beaucoup, divise beaucoup. Le siècle suivant verra Rome entrer dans Jérusalem et la dynastie hasmonéenne tomber.