Le siècle en récit
Le XIIᵉ siècle avant notre ère voit Israël entrer en Canaan. Les grands empires du XIIIᵉ siècle s'effondrent : l'Égypte se replie sous Ramsès III, les Hittites sont balayés, la civilisation mycénienne s'éteint, les « Peuples de la mer » déferlent sur les côtes méditerranéennes. Dans ce vide politique, un petit peuple trouve sa place.
Josué, fils de Noun, de la tribu d'Éphraïm, succède à Moïse. Il traverse le Jourdain avec les tribus réunies. Les eaux s'ouvrent — écho symbolique de la mer des Joncs. À Gilgal, les Hébreux dressent douze pierres, une pour chaque tribu. Jéricho, première cité fortifiée de la plaine, tombe au son des shofars et des acclamations ; les remparts s'écroulent. Le récit biblique raconte ensuite les conquêtes du sud (Aï, Guibéon, la bataille de Gibéon où le soleil s'arrête), puis du nord (Hazor, que Josué brûle « car c'était la capitale de tous ces royaumes »). L'archéologie confirme la destruction par le feu d'Hazor à cette époque, mais Jéricho était alors largement inoccupée : le récit biblique compresse des conquêtes ou en déplace l'époque.
Le partage du pays se fait par tirage au sort (Jos 13-22). Chaque tribu reçoit un territoire. Juda au sud ; Benjamin autour de Jérusalem (encore jébusite) ; Éphraïm et Manassé au centre ; Galaad à l'est du Jourdain pour Ruben, Gad et la demi-tribu de Manassé ; Asher, Nephtali, Zabulon et Issachar au nord. Lévi ne reçoit pas de territoire — il a « l'Éternel comme héritage » — mais quarante-huit villes lévitiques dispersées. Josué meurt à cent dix ans, et enterre à Siqem les ossements de Joseph, conformément au serment fait six siècles plus tôt.
Puis vient la période des Juges — environ deux cents ans de décentralisation, d'alternance entre infidélité, oppression et libération. Le cycle est répétitif : Israël « fait le mal aux yeux de l'Éternel », Dieu le livre à un oppresseur (Moabites, Cananéens, Madianites, Philistins), le peuple crie, un juge charismatique surgit, la libération survient, la paix dure une génération, puis le cycle recommence.
Les juges sont hauts en couleur. Ehud, gaucher de Benjamin, assassine le roi moabite Églon d'un coup de poignard. Débora, prophétesse, appelle Barak à combattre Yabin roi de Hatsor ; Yaël plante un piquet de tente dans la tête du général Sisera. Gédéon abat l'autel de Baal et combat les Madianites avec trois cents hommes seulement, après un triage qui devient proverbial. Jephté le Galaadite, dont la fille sera sacrifiée en conséquence d'un vœu imprudent. Samson, consacré naziréen dès le ventre, tue mille Philistins avec une mâchoire d'âne, avant d'être trahi par Dalila — il abat sur ses ennemis le temple de Dagon et meurt avec eux.
Le dernier des juges est Samuel. Son ministère chevauche la fin du XIIᵉ et le début du XIᵉ siècle. Avec lui s'achève l'ère de la décentralisation charismatique et s'annonce la monarchie.
Autour d'Israël, le monde bouge. Les Philistins — un des « Peuples de la mer » — s'installent sur la côte sud (Gaza, Ashkelon, Ashdod, Gath, Ekron) et menacent les hautes terres hébraïques. Ils apportent le fer — métal qu'ils savent travailler mieux que les Hébreux, ce qui leur donne une supériorité militaire durable. La rivalité entre Philistins et Israélites dominera le siècle suivant et donnera naissance aux premières grandes figures royales.