זכורZakhor
Rishonim1301-1400 apr. J.-C.

XIVe siècle apr. J.-C.

Peste noire, persécutions et exils

Résumé

Accusations de profanation d'hostie, peste noire (1348) et pogroms. Expulsion définitive de France (1394). Le Ritva, le Ran, Hasdai Crescas, Yossef Albo écrivent en contexte de crise.

Événements marquants

  • 1306Philippe le Bel expulse 100 000 Juifs de France ; confisque leurs biens.
  • 1348-1351Peste noire en Europe ; les Juifs sont accusés d'empoisonner les puits.
  • 1348Massacres de Strasbourg, Bâle, Erfurt, Nuremberg, Mayence ; 300 communautés anéanties.
  • 1391Pogromes de Séville et Cordoue ; 50 000 Juifs massacrés ou baptisés de force en Espagne.
  • 1394Expulsion définitive des Juifs de France par Charles VI.
  • 1413-1414Disputation de Tortosa ; l'apostat Jerónimo de Santa Fe mène deux ans de débat contre des rabbins.

Le siècle en récit

Le XIVᵉ siècle apr. J.-C. est le plus meurtrier que le judaïsme médiéval occidental aura connu avant les XVIe-XVIIe siècles. Il commence par l'expulsion française de 1306, culmine dans les massacres de la peste noire (1348), et se clôt par les émeutes anti-séfarades de 1391 qui préfigurent 1492. En cent ans, le paysage juif européen est redessiné : l'Europe centrale et orientale accueille les déplacés, la péninsule Ibérique tremble, et la pensée juive se replie sur la défense de la foi.

**L'expulsion de France de 1306** est un choc. Philippe le Bel, en quête désespérée d'argent, arrête simultanément tous les Juifs du royaume le 22 juillet 1306, confisque leurs biens, et les expulse — 100 000 personnes. Mais les créances qui leur étaient dues sont récupérées par la couronne. Les Juifs se réfugient en Provence, en Italie, en Espagne, dans l'Empire. Certains reviennent en 1315 sous Louis X, mais sont à nouveau expulsés en 1322. Le retour définitif sous Charles V (1360) sera court. En **1394**, Charles VI rend l'édit d'expulsion définitif — la France sera officiellement sans Juifs jusqu'à la Révolution de 1791 (sauf quelques communautés marranes à Bordeaux, Bayonne, et les Comtadins du Comtat Venaissin papal).

**La peste noire** atteint l'Europe par les ports italiens en 1347. Elle tue un tiers de la population en deux ans. Les Juifs, ne comprenant pas plus les causes que les autres, contractent la maladie et meurent comme tous. Mais on les accuse rapidement d'avoir empoisonné les puits. Aucune preuve — les rabbins le dénoncent comme absurde — mais le mythe s'installe. Les massacres se déchaînent : Bâle, Strasbourg (14 février 1349 : 900 Juifs brûlés vifs sur un échafaud dressé au cimetière), Mayence (des milliers morts en un jour), Cologne, Francfort, Nuremberg, Erfurt. On estime que 300 communautés juives d'Allemagne sont détruites entre 1348 et 1351. L'Est de l'Europe — Pologne, Bohême, Lituanie — accueille les survivants et devient le nouveau cœur du monde ashkénaze.

**En Espagne**, l'équilibre précaire construit depuis la Reconquista commence à craquer. Le 6 juin 1391, à Séville, l'archidiacre Ferrand Martinez déchaîne une foule contre le quartier juif. En trois mois, les massacres s'étendent à Cordoue, Tolède, Valence, Majorque, Barcelone, Perpignan. Plus de 50 000 Juifs sont tués ou baptisés de force. Le grand rabbin Hasdai Crescas (1340-1410), philosophe et talmudiste de Saragosse, perd son fils unique dans les massacres. Il écrit des pages brûlantes sur le Dieu caché et la confiance malgré l'épreuve (*Or Adonaï*, 1410). Sa pensée philosophique critique Aristote et prépare Spinoza.

Les *conversos* — Juifs baptisés de force ou par peur — forment désormais une classe ambiguë : chrétiens officiels, juifs en secret. Cette ambiguïté explosera au siècle suivant avec l'Inquisition espagnole (fondée en 1478). La Disputation de Tortosa (1413-14), pilotée par le pape Benoît XIII avec l'apostat Jerónimo de Santa Fe (ancien rabbin Yehoshua ha-Lorki), dure vingt-et-un mois. Elle pousse des milliers de Juifs à la conversion ; 3 000 seulement parmi les quelque 200 000 Juifs d'Aragon échapperont.

Dans ce contexte d'effondrement, les grands rabbins — *le Ritva* (Yom-Tov de Séville), *le Ran* (Nissim de Gérone), Hasdai Crescas, **Yossef Albo** (auteur du *Sefer ha-Ikkarim*, « Les Principes », 1425) — défendent la pensée rationaliste et la dignité juive. Albo y pose trois principes fondamentaux : existence de Dieu, Torah divine, rétribution. Sa théologie apologétique nourrira l'apologétique juive jusqu'à Mendelssohn.

Le XIVᵉ siècle, celui de la destruction matérielle, aura paradoxalement aiguisé la pensée juive. Le XVᵉ siècle, celui de l'expulsion définitive d'Espagne, s'annonce.