זכורZakhor
Rishonim1201-1300 apr. J.-C.

XIIIe siècle apr. J.-C.

Zohar, Ibn Shoshan et le tournant mystique

Résumé

Moïse de Léon met en circulation le Zohar (c. 1280). Les Tosafistes prolongent Rashi. Expulsion d'Angleterre (1290), puis de France (1306).

Événements marquants

  • 1240Disputation de Paris : le Talmud est condamné ; 24 charrettes de manuscrits brûlées place de Grève.
  • 1263Disputation de Barcelone : Nahmanide affronte l'apostat Pablo Christiani devant Jacques Iᵉʳ.
  • c. 1280Moïse de Léon met en circulation le Zohar sous le nom de Shimon bar Yohaï.
  • 1286Meir de Rothenburg arrêté ; il refuse que sa communauté paie sa rançon et meurt en prison.
  • 1290Édouard Iᵉʳ expulse tous les Juifs d'Angleterre (16 000 personnes).
  • 1298Massacres de Rintfleisch : 146 communautés juives allemandes détruites ; près de 5 000 morts.

Le siècle en récit

Le XIIIᵉ siècle apr. J.-C. est traversé par une tension paradoxale. D'un côté, l'apogée de la pensée juive médiévale : Nahmanide, les grands kabbalistes, la mise en circulation du Zohar. De l'autre, l'effondrement progressif de la présence juive en Europe occidentale : disputations publiques humiliantes, autodafés de livres, expulsions nationales. Le siècle qui commence encore dans l'éclat d'al-Andalus se termine dans le silence du judaïsme anglais.

La **Kabbale** culmine. À Gérone en Catalogne, Ezra ben Salomon et Azriel fondent la première grande école kabbalistique. **Nahmanide** — Moshé ben Nahman, *Ramban* (1194-1270), plus grand talmudiste d'Espagne du siècle — intègre la Kabbale à son commentaire biblique. Son œuvre halakhique et ses homélies deviennent autorités. En 1263, le roi Jacques Iᵉʳ d'Aragon l'oblige à débattre publiquement à Barcelone avec le dominicain Pablo Christiani, juif apostat. Nahmanide s'en tire avec dignité — le roi même reconnaît sa compétence — mais doit quitter l'Espagne. Il émigre en 1267 en Terre d'Israël, où il fonde à Jérusalem la première école rabbinique post-croisade, la « Synagogue du Ramban » qui existe encore.

À Guadalajara, Castille, un érudit discret nommé **Moïse de Léon** (c. 1240-1305) met progressivement en circulation, à partir de 1280, des manuscrits rédigés en araméen et attribués à Shimon bar Yohaï, sage tannaïtique du IIᵉ siècle. C'est le *Zohar* — le « Livre de la Splendeur » — qui deviendra le plus grand texte mystique du judaïsme. Œuvre immense, mélange de commentaire mystique de la Torah, de récits initiatiques, de théosophie des *sefirot*, de reflexions sur l'exil de la Shekhina. La science historique moderne a démontré que le Zohar est bien l'œuvre de Moïse de Léon et de son cercle, non pas celle de bar Yohaï. Mais pour la tradition juive, il est devenu le troisième pilier textuel après la Torah et le Talmud — surtout à partir du XVIᵉ siècle.

En parallèle, **Abraham Aboulafia** (1240-c. 1291) développe une Kabbale prophétique, fondée sur la combinaison des lettres hébraïques. Il se rend à Rome en 1280 pour tenter de convertir le pape Nicolas III — qui meurt la veille de la rencontre. Échappant à la sentence de mort, il continue son enseignement ésotérique en Italie et à Messine.

Mais l'ombre s'étend. **La disputation de Paris de 1240** est la première grande mise en procès public du Talmud. Nicolas Donin, Juif converti au catholicisme, dénonce vingt-quatre chefs d'accusation contre le Talmud auprès du pape Grégoire IX. Le roi Louis IX (Saint Louis) organise le procès. Le rabbin Yehiel de Paris défend le Talmud face aux accusations de blasphème et d'anti-christianisme. Le Talmud est condamné. En juin 1242, vingt-quatre charrettes remplies de manuscrits talmudiques — des milliers de volumes — sont brûlées place de Grève, à Paris. Lamentation rabbinique : *« Je t'ai entouré de pourpre, ô Sinaï, et tu brûles. »*

**En 1286, Rabbi Meir de Rothenburg**, plus grand halakhiste ashkénaze du siècle, est arrêté par Rodolphe Iᵉʳ de Habsbourg alors qu'il tentait de fuir l'Empire. Rançon demandée exorbitante. La communauté réunit l'argent, mais Meir refuse qu'elle paie — *« car on me paierait, on m'enlèverait à nouveau ».* Il meurt en prison en 1293.

**Expulsions et massacres.** En 1290, Édouard Iᵉʳ d'Angleterre expulse tous les Juifs du royaume : 16 000 personnes. L'Angleterre restera sans Juifs jusqu'en 1656. En 1298, en Franconie, un chevalier nommé Rintfleisch mène des massacres qui détruisent 146 communautés allemandes ; environ 5 000 Juifs sont tués. En 1306, Philippe le Bel expulsera à son tour tous les Juifs de France. L'Europe occidentale se vide progressivement de sa présence juive — que l'Empire ottoman accueillera bientôt.

Personnalités du siècle (5)

Joseph ben Abraham Gikatila

1248-c. 1325

Kabbaliste castillan, disciple d'Abraham Abulafia. Son ouvrage Sha'arei Orah (Portes de la Lumière) est l'une des expositions les plus claires de la doctrine des dix sefirot et des Noms divins. Dans Ginnat Egoz (Jardin de Noyers), il réalisa une synthèse entre kabbale extatique et kabbale théosophique qui influença profondément l'école du Zohar et, plus tard, les kabbalistes chrétiens de la Renaissance.

Meïr Aboulafia

c. 1170-1244

Rabbin et talmudiste de Tolède, il s'opposa aux tendances rationalistes de Maïmonide. Sa controverse avec les partisans de Maïmonide (la « querelle maïmonidéenne ») illustre la tension créatrice entre raison et tradition dans le judaïsme médiéval.

Moïse de León

c. 1240-1305

Kabbaliste castillan, auteur ou compilateur du Zohar (Livre de la Splendeur), l'ouvrage fondamental de la Kabbale. Attribué à Rabbi Shimon bar Yohaï (IIe s.), le Zohar devint le troisième pilier du judaïsme après la Bible et le Talmud.

Nahmanide (Ramban)

1194-1270

Rabbin, kabbaliste et médecin de Gérone, il participa à la Disputation de Barcelone (1263) face au converti Pablo Christiani. Son commentaire de la Torah intègre la dimension mystique à l'exégèse classique. Il s'installa en Terre d'Israël en 1267 et restaura la communauté juive de Jérusalem.

Rabbi Asher ben Yehiel (le Rosh)

c. 1250-1327

Grand rabbin d'Allemagne émigré à Tolède, il réalisa la synthèse entre les traditions talmudiques ashkénaze et séfarade. Son code halakhique (Piskei ha-Rosh) est l'une des trois sources du Shoulhan Aroukh de Joseph Caro, avec Maïmonide et le Rif.