Le siècle en récit
Le XIXᵉ siècle avant notre ère est, pour la tradition biblique, celui d'Isaac. Né miraculeusement de Sarah — centenaire déjà — et d'Abraham presque centenaire, il incarne le pont entre le patriarche originel et la grande aventure des douze tribus. Isaac est, parmi les trois pères, le plus discret : pas de grand exode, pas de conquête. Son drame fondateur précède même son âge adulte.
C'est la Akéda, la ligature d'Isaac (Gn 22). Abraham, sommé par Dieu de sacrifier « ton fils, ton unique, celui que tu aimes », conduit Isaac au mont Moriah. Isaac, pressentant peut-être, demande : « Père, voici le feu et le bois ; mais où est l'agneau pour l'holocauste ? » Abraham répond : « Dieu pourvoira, mon fils. » Au dernier instant, un ange retient la main du père ; un bélier, pris par les cornes dans un buisson, remplace le fils. L'épisode fonde la théologie juive du sacrifice : Dieu retient ce qu'il semble demander. Jusqu'à aujourd'hui, la corne du bélier — le shofar — sonnera à Rosh ha-Shana pour rappeler cette substitution.
Abraham, devenu veuf après la mort de Sarah (Gn 23), envoie son serviteur Éliezer chercher une épouse pour Isaac parmi les siens, en Aram-Naharaïm. La scène du puits, où Rébecca offre spontanément à boire à Éliezer puis à ses chameaux, devient le modèle biblique de la bonté désintéressée (Gn 24). Isaac l'accueille dans la tente de sa mère ; « il l'aima, et Isaac fut consolé ». Le mariage inaugure une nouvelle génération — et le premier récit biblique d'amour conjugal.
Rébecca est stérile pendant vingt ans. À sa prière, elle conçoit des jumeaux qui s'entrechoquent dans son ventre ; Dieu lui révèle qu'elle porte « deux nations ». Ésaü, premier-né, naît roux et velu ; Jacob sort en tenant le talon de son frère. Leur rivalité est déjà inscrite : Ésaü, chasseur, préféré d'Isaac ; Jacob, « homme tranquille », préféré de Rébecca. La bénédiction paternelle, dérobée par Jacob sur instigation de sa mère, précipite la rupture. Ésaü jure de tuer son frère ; Jacob fuit vers Harran.
Le siècle n'est pas seulement celui d'une dynastie. Autour des patriarches, le monde bouge. Hammurabi, roi de Babylone (c. 1792-1750), unifie la Mésopotamie et grave son code de 282 lois sur la stèle noire aujourd'hui conservée au Louvre. Le Code d'Hammurabi présente des similitudes frappantes avec les lois du Pentateuque (loi du talion, lois sur l'esclavage, le mariage, la responsabilité civile) — témoignage d'un fonds juridique commun au Proche-Orient ancien. En Anatolie, les comptoirs assyriens de Kanesh bruissent d'une vie commerciale intense. À Mari sur l'Euphrate, les archives royales documentent un réseau d'alliances tribales et de propriétés nomades étrangement proches des récits de la Genèse.
En Égypte, la XIIIᵉ dynastie succède à la XIIᵉ ; l'unité se fissure. Les immigrations sémitiques se multiplient dans le Delta oriental — préparant insensiblement l'arrivée des Hyksôs au siècle suivant, et la descente des fils d'Israël qui fera pivoter l'histoire.