זכורZakhor
Exil & retour400-301 av. J.-C.

IVe siècle av. J.-C.

Perse, canon biblique en gestation

Résumé

La Judée prospère sous la domination perse. Le canon biblique se ferme progressivement. La Septante s'annonce. Alexandre le Grand paraît à la fin du siècle.

Événements marquants

  • c. 400 av.Clôture de la dernière partie de la Torah ; fin de la prophétie classique selon la tradition.
  • c. 370 av.Schisme samaritain ; les Samaritains bâtissent leur temple sur le mont Garizim.
  • c. 336 av.Accession d'Alexandre le Grand au trône de Macédoine.
  • 332 av.Alexandre traverse la Judée ; la tradition le fait visiter Jérusalem.
  • 323 av.Mort d'Alexandre à Babylone ; partage de son empire entre ses généraux.

Le siècle en récit

Le IVᵉ siècle avant notre ère est le plus silencieux des siècles bibliques. Aucun prophète majeur, aucune grande chronique ; la tradition rabbinique parlera pudiquement de la « clôture de la prophétie ». Et pourtant, sous ce calme apparent, le judaïsme se transforme en profondeur et le monde s'apprête à basculer dans l'hellénisme.

La Judée continue d'être une province perse de taille modeste — la *Yehud Medinta*, gouvernée par un *pehah* (gouverneur) nommé depuis Suse et un grand prêtre héréditaire à Jérusalem. Les archéologues y retrouvent des monnaies à légende hébraïque « Yehud », parmi les plus anciennes monnaies juives connues. Les pièces portent parfois un faucon, parfois une fleur de lys, parfois un navire. La population reste faible — probablement 30 000 à 50 000 personnes sur le territoire de l'ancienne Judée — mais vivante.

À la fin du siècle précédent ou au début de celui-ci, le schisme samaritain se consomme. Les habitants de Samarie, descendants des colons étrangers installés par les Assyriens mêlés à ce qui restait des tribus du Nord, étaient écartés du culte de Jérusalem par Esdras et Néhémie. Ils construisent leur propre temple sur le mont Garizim, près de Siqem, et adoptent une version plus brève de la Torah (le Pentateuque samaritain). Les deux groupes s'excommunient mutuellement. Jésus, quatre siècles plus tard, fera de la « bonne Samaritaine » le symbole d'un dépassement.

Dans le monde juif, la prophétie cesse. La tradition dira qu'après Malachie (c. 440), l'Esprit saint s'est retiré. La parole divine n'est plus adressée directement à des prophètes, mais médiatisée par les Sages, qui interprètent les textes reçus. C'est la naissance du judaïsme interprétatif, qui donnera naissance à la Mishna et au Talmud.

Les *Hommes de la Grande Assemblée* (*Anshei Knesset ha-Gedolah*), dont l'existence historique reste débattue mais dont le souvenir est tenace, auraient rédigé les bénédictions de l'Amida, le kiddoush, la havdala, et fixé les paramètres du judaïsme liturgique. Shimon le Juste, grand prêtre à la fin du siècle ou au début du suivant, est cité dans les Pirkei Avot : « Le monde tient sur trois choses : la Torah, le service et les actes de bonté. »

Pendant ce temps, l'Empire perse s'essouffle. Les guerres médiques contre les Grecs (480 av. à Salamine, 479 à Platées) avaient déjà révélé la fragilité de Xerxès. Les révoltes en Égypte, en Phénicie, en Asie Mineure se multiplient. Et à l'ouest, en Macédoine, un roi ambitieux forge une armée nouvelle : Philippe II, qui unifie la Grèce avant d'être assassiné en 336.

Son fils Alexandre, vingt ans, prend la suite. En huit ans, il va détruire l'Empire perse, conquérir l'Égypte, atteindre l'Indus. En 332, il traverse la Judée. La tradition juive (rapportée par Flavius Josèphe) fait visiter à Alexandre Jérusalem : le grand prêtre Jaddus sort à sa rencontre en habits sacerdotaux ; Alexandre se prosterne devant lui, expliquant qu'il avait vu ce personnage en songe en Macédoine. Alexandre épargne Jérusalem et accorde aux Juifs la liberté de culte. Quand il meurt à Babylone en 323, son empire se fragmente — mais le monde hellénistique qu'il a inauguré transformera profondément la vie juive au siècle suivant, avec la Septante, les Séleucides et les Maccabées.