זכורZakhor
Gaonim & al-Andalus501-600 apr. J.-C.

VIe siècle apr. J.-C.

Les Gaonim de Babylone

Résumé

Les académies de Soura et Poumbedita, dirigées par les Gaonim, deviennent l'autorité halakhique mondiale. Massacres byzantins en Palestine (602-629) ; l'expansion musulmane commence.

Événements marquants

  • 529Justinien ferme l'Académie néoplatonicienne d'Athènes ; novelle 146 restreint les Juifs.
  • 589Les Wisigoths d'Espagne se convertissent au catholicisme ; début des persécutions.
  • 614Les Perses prennent Jérusalem avec l'aide des Juifs ; massacre des chrétiens.
  • 628Héraclius reprend Jérusalem ; représailles contre les Juifs.
  • 622Hégire : Muhammad émigre de La Mecque à Médine ; fondation de l'islam.
  • 638Le calife Omar prend Jérusalem ; fin définitive du pouvoir byzantin en Terre d'Israël.

Le siècle en récit

Le VIᵉ siècle apr. J.-C. est le siècle du passage. D'un côté, la fin de l'Antiquité tardive ; de l'autre, l'émergence de la civilisation médiévale. Pour les Juifs, c'est un siècle de pressions byzantines, de persécutions wisigothiques, d'espoirs perses déçus — et à la toute fin, l'apparition en Arabie d'un prophète nommé Muhammad qui va transformer leur condition pour mille ans.

En Occident, l'Empire romain d'Occident est tombé ; les royaumes barbares qui se partagent l'héritage — Francs, Wisigoths, Ostrogoths, Vandales, Lombards — adoptent peu à peu le catholicisme. Les Wisigoths d'Espagne, initialement ariens et tolérants, se convertissent au catholicisme en 589 sous le roi Recarède. Commencent alors les premières lois antijuives systématiques d'Europe occidentale : interdictions de propriété terrienne, de charges publiques, obligations de baptême, persécution des crypto-juifs. Ces lois préfigureront sinistrement l'Inquisition espagnole mille ans plus tard.

En Orient, l'Empire byzantin de Justinien (527-565) édicte la fameuse *Novelle 146* (553) : elle régule la lecture publique de la Torah dans les synagogues, interdit la Mishna (« tradition humaine »), encourage la lecture en grec avec la Septante. C'est la plus ancienne intervention étatique explicite dans la liturgie juive. Justinien ferme aussi l'Académie néoplatonicienne d'Athènes (529), signe de la fin d'une tolérance intellectuelle antique.

En Babylonie, l'Empire sassanide se durcit par moments contre les Juifs (Péroz, Kavad) mais les académies tiennent. Les *savoraïm* — génération transitoire après les amoraïm — polissent le Talmud. Ils ajoutent les dernières explications, signalent les incohérences, établissent la version définitive. Vers 590, avec Mar Simona et Mar Rabbai, leur génération s'achève. L'ère des *Gaonim* commence : le Gaon — « excellence » — est le titre porté par le chef de Sura ou Poumbedita. Pendant quatre siècles et demi, les Gaonim constituent l'autorité halakhique mondiale : on leur envoie des questions par caravanes depuis Kairouan, Fès, Tolède, Narbonne, Mayence. Leurs réponses — les *responsa* — forment un corpus immense.

Les années 610-628 sont particulièrement dramatiques en Terre sainte. Profitant de la faiblesse byzantine, le Grand Roi perse Khosro II envahit le Proche-Orient en 614. Les Juifs, maltraités par Byzance, l'accueillent en libérateur et participent au siège de Jérusalem. Le Patriarche chrétien Zacharie est emmené en captivité à Ctésiphon, avec la Vraie Croix. Les chrétiens de Jérusalem sont massacrés ou vendus comme esclaves. Les Juifs obtiennent le contrôle temporaire de la ville — pour quelques années seulement. En 628, l'empereur Héraclius reconquiert la Terre sainte, ramène la Vraie Croix en triomphe, et exerce des représailles terribles contre les Juifs. Ceux de Galilée fuient en masse.

Mais à l'extrême fin du siècle suivant, tout bascule. En 622, un marchand de La Mecque nommé Muhammad fuit vers Yathrib (qui prendra le nom de Médine) : c'est l'*Hégire*, année zéro de l'islam. Dans les oasis de Médine, trois tribus juives (Banu Qaynuqa, Banu Nadir, Banu Qurayza) sont ses premiers interlocuteurs. Muhammad prie d'abord tourné vers Jérusalem, reprend le jeûne de Yom Kippour, valide le mode de vie monothéiste. Puis, devant leur refus de le reconnaître comme prophète, il rompt : la qibla change pour La Mecque, les tribus juives sont expulsées ou massacrées (627). Mais au-delà de ce drame local, l'islam naissant intègre la Torah, les prophètes, Abraham, Moïse, David, Salomon, Jésus dans sa propre lignée. Un nouveau dialogue abrahamique s'ouvre. Il façonnera la vie juive pour mille ans.