זכורZakhor
Exil & retour600-501 av. J.-C.

VIe siècle av. J.-C.

L'Exil babylonien

Résumé

Les fleuves de Babylone voient naître la prière, le Shabbat et la synagogue. Ézéchiel a la vision du char. En 539, Cyrus le Grand prend Babylone et autorise le retour.

Événements marquants

  • 586 av.Début de l'exil babylonien après la destruction du Premier Temple.
  • c. 593 av.Ézéchiel reçoit sa vision du char divin (Merkava) au bord du Kebar.
  • c. 580 av.Composition probable du Psaume 137 : « Sur les fleuves de Babylone... »
  • 539 av.Cyrus le Grand prend Babylone sans combat ; fin de l'Empire néo-babylonien.
  • 538 av.Édit de Cyrus autorisant le retour des Juifs et la reconstruction du Temple.
  • c. 515 av.Consécration du Second Temple sous Zorobabel et Yehoshua ben Yehotsadak.

Le siècle en récit

Le VIᵉ siècle avant notre ère transforme profondément le judaïsme. La destruction du Temple aurait pu signifier la fin d'Israël ; elle produit au contraire la naissance d'un judaïsme qui peut vivre partout. En Babylonie, loin de Jérusalem, les captifs réinventent leur foi.

Les déportés s'installent dans des colonies agricoles au bord du fleuve Kebar, près de Nippur. Les archives cunéiformes de Murashu et de Tel Abib témoignent de leur insertion économique. Le Psaume 137 dit la douleur : « Sur les fleuves de Babylone, là nous étions assis et pleurions, quand nous nous souvenions de Sion... Si je t'oublie, ô Jérusalem, que ma droite s'oublie ! » Les anciens rituels du Temple étant impossibles, trois nouvelles pratiques émergent et deviendront structurelles pour les trois mille ans qui suivront.

D'abord, la **prière communautaire**. En l'absence de sacrifices, on prie trois fois par jour face à Jérusalem. Des maisons de réunion apparaissent — les premières synagogues, qui resteront à jamais l'architecture juive fondamentale. Ensuite, le **Shabbat**, signe identitaire portable, qui ne dépend ni d'un lieu ni d'un Temple. Enfin, **l'étude du texte** remplace la présence divine. Les scribes commencent à copier, éditer, regrouper les livres qui formeront la Bible hébraïque. L'exil n'éteint pas la mémoire ; il la textualise.

Ézéchiel, prêtre déporté en 597 avec la première vague, reçoit au bord du Kebar sa vision inaugurale : les quatre vivants, les roues, le trône de saphir, la gloire qui circule. Si Dieu peut apparaître à Babylone, c'est qu'il n'est pas prisonnier de son Temple. Théologie décisive : le Dieu d'Israël est universel, il va avec son peuple, il peut habiter partout. Ézéchiel annonce aussi le retour (la vision des ossements desséchés) et la reconstruction du Temple (ch. 40-48, architecture idéale). Daniel, à la cour babylonienne puis perse, incarne la fidélité juive en terre étrangère : il refuse les mets impurs, prie trois fois par jour face à Jérusalem, survit à la fosse aux lions.

L'Empire néo-babylonien s'effondre vite. Nabuchodonosor meurt en 562. Ses successeurs s'entredéchirent. En 539, Cyrus le Grand, roi des Perses, prend Babylone sans combat grâce à la complicité du clergé de Mardouk déçu du roi Nabonide. L'année suivante (538), Cyrus promulgue un édit célèbre — gravé sur le Cylindre de Cyrus (aujourd'hui au British Museum) — autorisant tous les peuples déportés à rentrer chez eux et à reconstruire leurs temples. Les Juifs y sont explicitement mentionnés dans la version biblique. Le Deutéro-Isaïe (Is 40-55) salue Cyrus comme « messie » (*mashiah*, « oint ») de Dieu — premier et unique roi païen ainsi nommé dans la Bible.

Un groupe de 42 360 Juifs selon Esdras-Néhémie, avec esclaves et bagages, rentre à Jérusalem sous la conduite de Sheshbazzar puis Zorobabel, dernier héritier davidique, et du grand prêtre Yehoshua ben Yehotsadak. Ils trouvent une cité ruinée. Les autels sont rétablis, les fondations du Temple posées. Les travaux s'enlisent face à l'hostilité des Samaritains. Il faut les exhortations des prophètes Haggaï et Zekharia pour que la construction reprenne. Le Second Temple est consacré vers 515 — plus modeste que celui de Salomon, mais vivant. Un nouveau chapitre s'ouvre : le judaïsme du Second Temple, qui durera cinq siècles et demi, jusqu'à la destruction romaine de 70. Mais la grande leçon du VIᵉ siècle est acquise : on peut être juif sans Temple. Le peuple du Livre est né.