זכורZakhor
Rishonim1101-1200 apr. J.-C.

XIIe siècle apr. J.-C.

Maïmonide et l'apogée de la pensée médiévale

Résumé

Maïmonide (1138-1204) codifie toute la halakha dans le Mishneh Torah et la philosophie dans le Guide des égarés. Nahmanide, Tosafistes, premiers kabbalistes de Provence. Expulsion d'Angleterre (1290).

Événements marquants

  • 1147Les Almohades prennent Cordoue ; persécution des Juifs et chrétiens en al-Andalus.
  • 1165Maïmonide s'installe à Fostat (Le Caire) ; devient médecin du vizir de Saladin.
  • 1177-1178Maïmonide achève le Mishneh Torah, codification totale de la halakha en hébreu.
  • c. 1190Publication du Guide des égarés (Dalalat al-Ha'irin) en judéo-arabe.
  • 1190Massacre de York : 150 Juifs se suicident dans la tour de Clifford.
  • 1204Mort de Maïmonide au Caire ; enterré à Tibériade.

Le siècle en récit

Le XIIᵉ siècle apr. J.-C. est dominé par une seule figure, si haute que le judaïsme dira pendant des siècles : *« De Moshe (Moïse) à Moshe (Maïmonide), il ne s'est pas élevé de Moshe. »* **Moshe ben Maïmon** (1138-1204), dit *Maïmonide* ou *le Rambam*, est le plus grand philosophe et halakhiste juif du Moyen Âge, et peut-être de tous les temps.

Il naît à Cordoue en 1138, mais dès 1148, les Almohades — nouvelle dynastie berbère fondamentaliste — prennent la ville et imposent aux Juifs et chrétiens le choix entre conversion à l'islam, exil ou mort. La famille Maïmon fuit, parcourt le sud de l'Espagne et le Maroc, puis la Terre d'Israël, et s'installe finalement à Fostat (Le Caire) en 1165. Moshe soutient financièrement sa famille par le commerce avec son frère David — puis, après la mort de David en mer vers 1168, il se consacre à la médecine et à l'étude. Il devient médecin du vizir al-Fadil, puis du sultan Saladin lui-même. Les lettres qu'il écrit à ses disciples décrivent ses journées épuisantes : consultations à la cour toute la journée, visites à domicile, et, tard dans la soirée, enseignement à ses étudiants juifs.

Son œuvre est triple. **Le Commentaire de la Mishna** (1168), en arabe, premier commentaire systématique rédigé depuis l'Antiquité. Il y introduit les *Treize Principes de la foi* qui sont depuis récités par les Juifs observants chaque jour. **Le Mishneh Torah** (1177-1178), écrit en hébreu mishnique pur, est une codification exhaustive de la halakha en 14 volumes. Il couvre tous les domaines — sanctuaire, prière, Shabbat, fêtes, mariage, tribunaux, rois — et présente le droit juif sans discussion talmudique, comme un code. Il suscite à la fois l'admiration et la controverse : certains rabbins reprochent à Maïmonide d'avoir court-circuité la discussion dialectique. **Le Guide des égarés** (*Moreh Nevoukhim*, c. 1190), écrit en judéo-arabe, tente la synthèse entre la foi biblique et la philosophie aristotélicienne. C'est un chef-d'œuvre de subtilité, parfois hermétique, adressé à un disciple tiraillé entre Torah et philosophie. Il influencera profondément Thomas d'Aquin, Spinoza, Hermann Cohen.

Maïmonide meurt en 1204. Son corps est transporté à Tibériade, où sa tombe reste lieu de pèlerinage. Ses polémiques posthumes — la « controverse maïmonidienne » des années 1230 — verront ses œuvres brûlées à Montpellier par ses adversaires traditionalistes, puis interdites un temps par Shlomo de Montpellier, avant d'être finalement adoptées par tout le judaïsme.

Dans le monde ashkénaze, les **Tossafistes** — disciples et descendants de Rashi — continuent l'œuvre du maître. Rabbenou Tam, petit-fils de Rashi, est le plus grand. Avec Ri (Rabbi Isaac) et les écoles de Troyes, de Sens, de Paris, ils créent un nouveau genre : les *Tossafot* (« additions »), gloses dialectiques imprimées face au texte de Rashi dans chaque Talmud. Ils innovent une halakha ashkénaze distincte.

En Provence, une nouvelle mystique apparaît : la **Kabbale**. Rabbi Isaac l'Aveugle, fils du Raavad de Posquières, enseigne à Narbonne les premières doctrines des *sefirot*. La pensée gnostique chrétienne et philosophique néoplatonicienne nourrit cette renaissance mystique qui éclora au siècle suivant avec le Zohar.

Les persécutions s'intensifient. La Seconde Croisade (1147) relance les violences. En 1171, à Blois, 31 Juifs sont brûlés sur la fausse accusation de meurtre rituel. En 1190, à York, 150 Juifs assiégés se suicident dans la tour de Clifford. En 1215, le IVᵉ concile du Latran impose la rouelle distinctive. Le siècle s'achève dans un monde qui se ferme — mais qui a produit un Maïmonide.