Le siècle en récit
Le XXVᵉ siècle avant notre ère est, dans la mémoire archéologique sumérienne, le siècle d'**Eannatum**. Roi de Lagash, guerrier acharné, il laisse à la postérité l'un des plus précieux documents historiques du IIIᵉ millénaire : la **Stèle des Vautours**, aujourd'hui au Louvre.
La stèle — fragmentaire, mais reconstituable — commémore la victoire d'Eannatum sur la cité rivale d'**Umma**, voisine immédiate de Lagash, avec laquelle les conflits frontaliers dataient de plusieurs générations. Des canaux, des champs cultivables, des droits d'eau sont en jeu. Sur l'une des faces, Eannatum mène ses troupes serrées en phalange compacte — premier témoignage visuel de cette formation militaire qui reviendra chez les Grecs deux mille ans plus tard. Sur l'autre, le dieu Ningirsu, patron de Lagash, capture les ennemis dans un filet et les écrase de sa masse. Les vautours sur lesquels la stèle tire son nom dévorent les cadavres ennemis : première iconographie connue de l'horreur guerrière mise au service d'une propagande royale.
Eannatum ne se contente pas de battre Umma. Il étend sa domination sur Ur, Uruk, Kish, même sur l'Élam au sud-est. Son titre — « chef de Lagash, à qui Ningirsu a donné la royauté de Kish » — mêle la base territoriale locale avec la dignité suzeraine historique. Il est le premier empereur sumérien au sens large, même si son « empire » ne dure qu'une génération.
Son neveu **Entemena** (c. 2420) hérite des conflits frontaliers. Il rédige, gravé sur un magnifique **cône d'argent** (British Museum), ce qui est peut-être le plus ancien traité de paix documenté : une délimitation précise de la frontière Lagash-Umma, avec canaux, fossés, bornes. Le texte invoque les dieux comme garants et menace de malédictions terribles quiconque violera l'accord. Les principes juridiques qui structureront le Proche-Orient — serments, malédictions contractuelles, sanctions divines — y sont déjà présents. La Bible reprendra cette forme dans les alliances d'Abraham avec Abimelech (Gn 21) ou de Jacob avec Laban (Gn 31).
Le siècle voit aussi monter, au sud d'Umma, la cité d'**Umma** elle-même qui prépare sa revanche. Lugalzagesi, en fin de siècle ou début du suivant, renversera le système. Mais ce renversement ne profitera pas à Umma : il ouvrira la porte à un héros encore plus ambitieux — **Sargon d'Akkad** — qui, au XXIVᵉ siècle, détruira l'hégémonie sumérienne elle-même et fondera le premier empire multi-ethnique de l'histoire.
Hors de Sumer, le monde continue. En Égypte, la fin de la IVᵉ dynastie cède à la Vᵉ dynastie, marquée par les premiers **Textes des Pyramides** — corpus de formules funéraires gravées dans les chambres sépulcrales royales de Saqqarah. En Élam, à Suse, une écriture propre se développe. En **Ebla** (Tell Mardikh, Syrie), une grande cité se constitue au pied de l'Amanus — ses archives, découvertes en 1974, dateront surtout du XXIVᵉ siècle, mais la ville est déjà active.
Le XXVᵉ siècle avant notre ère, pour la Bible, reste indirect. Mais les motifs qu'il inaugure — guerre fratricide entre cités voisines, malédictions contractuelles, coalitions tribales, rois bâtisseurs — rempliront les livres de Samuel et des Rois deux mille ans plus tard. La guerre israélo-moabite, la lutte contre les Philistins, les traités salomoniens avec Hiram de Tyr : ces scènes futures ont leurs archétypes ici.